MÉZUES

 

HA ! HA !



            J’aime les arbres en fleurs

Et le rire des enfants

L’ infinie douceur

Du recommencement

L’ aube est stupéfiante

Au chant des oiseaux

C’ est une course lente

Qui sera le plus beau?


Je ris, je ris, je ris

La vie seule suffit

Je n’ai besoin de rien

Si ma vie m’ appartient


J’ aime les fruits sauvages

De ton corps alangui

La chaleur de l’ orage

Et jouir de l’ eau d’ un puits

A midi fais l’amour!

Et fasse qu’ on le sache!

Au milieu de la cour

Ouvre à celui que l’ on cache!


J’aime les vieux habits

Qu’ on porte sans savoir

C’ est comme le vrai ami

Qu’ on ne peut décevoir

Ce soir le ciel est rouge

Brûlant de compassion

Il faut que je te touche

Suspendre ma raison


J’aime j’aime dormir

Sous les draps blancs du lit

Dormir pour désobéir

Tout laisser et s’ enfuir

A l’ entrée de l’ hiver

Quand de terribles démons luttent

J’ entame une prière

Pour prévenir ma chute


Je ris, je ris, je ris

La vie seule suffit

Je n’ai besoin de rien

Si ma vie m’appartient

J’ CONNAIS UN JEU



            Moi, j’connais un jeu

Un jeu passionnant

Qui développe la mémoire

Et qui se joue en mouvement.

On peut le jouer à mille

Ou bien seulement à deux

Mais seul jamais jamais

Personne ne l’ a fait!


Prend soin de ton partenaire!


Il faut de la ficelle

Beaucoup beaucoup d’ ficelle

Et quelques bouts d’papier

Qu’on va relier entre eux

Cà fait un grand manteau

A se mettre sur le dos

Un chapeau ridicule

Donne du piment au jeu!


Prend bien soin de ton partenaire!


Une fois qu’ on n’ est plus nu

On peut prendre la parole

Et dire des mots idiots

Des mots qu’ existent plus

Une fois qu’ on a parlé

Il faut aller plus haut

On peut toujours gueuler

Crier comme un oiseau!


Mais c’est toujours pareil:

Prend bien soin de ton partenaire!

C’ est la règle du jeu.


Le jeu des inventions

Le jeu des travestissements

Le jeu des métamorphoses

Le jeu de cache-cache

De loup-croqué

De chasse-nigaud

De qui-voudra-pourra

Le jeu de l’ offrande insomniaque

Le jeu de l’ intranquillité couronnée

Le jeu du hasard provoqué

Le jeu éthylique et irresponsable du vol et du don

Le jeu des sacrifices

Le jeu d’échange

Le jeu du regardeur regardé

Des amants retrouvés

Le jeu désintéressé de la réalité accomplie

Le jeu de la vie!

             JAMAIS L’TEMPS !



           Jamais l’ temps de faire un voeu

Jamais l’ temps de rire un peu

Jamais l’ temps de faire un noeud

Jamais l’ temps de faire la queue

Il faut il faut qu’ la vie ici

Sans arrêt porte ses fruits

Mais quel est donc ce joli bruit?

Une pomme est tombée dans mon lit!

Et quoi et quoi j’ la garde pour toi

Mais recrache bien tous les pépins

À quat’ pattes si je cherche bien

J’ les r’ planterai dans mon jardin


Jamais l’ temps de faire le clou

Jamais l’ temps de s’ casser l’ clou

Jamais l’ temps d’ enfoncer c’ clou

Jamais l’ temps d’ oublier tout

Je dis peut-être à l’ homme-canon

Mais je dis non à la femme sans tête

Je dis non non non non non

Et merci pour les cacahuètes!

Il faut il faut s’ faire des amis

Pour avoir l’ air très occupé

Mais ils viennent vous voir vos amis

Chaque fois qu’ vous êtes trop occupé!


Jamais l’ temps de faire un voeu

Jamais l’ temps de rire un peu

Jamais l’ temps de faire un noeud

Jamais l’ temps de faire la queue

Il faut il faut qu’ la vie ici

Sans arrêt porte ses fruits

Mais quel est donc ce joli bruit?

Une pomme est tombée dans mon lit!

Une pomme est tombée dans mon lit!


LE PROCES




                      - Martin! Levez-vous, Martin!

  Martin, qu’avez-vous mangé à midi?

- Rien

- Pourquoi?! N’aimez-vous pas les animaux?



- Martin! Qu’ avez-vous fait cette nuit?

- J’ ai dormi

- N’avez-vous donc pas d’ amis?



- Martin! Où étiez-vous le seize octobre mille neuf cent quatre vingt

   treize?

- Je ne sais pas

- Vous regardiez la mer! Ne lisez-vous pas les journaux ?!

- Quelquefois...



- Etes-vous joueur Martin?

- Pas spécialement

- Vous mentez! Lancez votre dé !



- Martin ! Vos voisins, vos enfants, votre mère vous accusent!

  En conséquence, nous vous condamnons à vous réveiller!...

LORRAINE



Juste dans le virage                                                        

Un peu en contrebas

Au bord de la marge,

Ne cherche plus...

C'est là !


Une enseigne clignote

Il y manque deux lettres

Il y manque deux notes

Comme dans le jeu-mystère.

C'est là que tu laisses ta peine

C'est là l'autre facette

Le repaire de Lorraine

C'est là que tu t'arrêtes.


Entrée indépendante

Libre et sans contrôle

Le sas comme un passage

La porte à deux battants;

Tout de suite t'es dans ton rôle

Ici c'est évident

Tu joues ton propre personnage

Avalé dans l'image.


Lorraine est là

Qui te sourit

Elle te connaît pas

Mais c'est pas grave elle te sourit.

Elle accueille des parrains

Qui n' le sont pas vraiment,

Ils se sont fait la main

Sur une affaire de faux diamants.


Sous la boule à facettes

Qui crache des étincelles

Des couples se caressent

Devant le grand miroir;

Dis-moi que je suis belle !

Plus belle que ces pucelles !

Ô viens ! Allons voir si la rose

A bien éclos ce soir !

`

Boire ! boire !

Oublier tes déboires !

Bien diluer la déveine !

En matant les seins de Lorraine. 


Deux lycéens émus

Essaient tous les alcools

Sans jamais quitter des yeux

La poitrine de la patronne


Elle leur dit: " Mes chouchous

Vous avez assez bu "

Les guidant d'une main experte:

" Celle-ci vous est offerte ! "

En gros, on voit ses seins,

Ensuite, on la voit elle,

Face à face hollywoodien

P'tit chemisier en dentelle.


Un vieux routier habitué

Depuis longtemps l'appelle maman;

Elle lui remet un jeu de clefs,

Lui tire la joue en le flattant.


Boire ! boire !

Oublier tes déboires !

Bien diluer la déveine !

En matant les seins de Lorraine.


Trois vrp en stage

Flambent dans leur costard

Champ' et nouveau challenge :

Les deux copines au bout du bar.


En sortant des toilettes

Je croise ton regard...

T'avais les yeux noisette....

Mais il est beaucoup trop tard !


...


Le ton monte d'un cran

Atmosphère de dénouement

Un type se lève

Le verre éclate

Ils l'ont sorti les yeux hagards;

Elle s'est mise à pleurer

Tu t'es rapproché d'elle...

Sa main... sa nuque... un baiser...


Boire ! boire !

Oublier tes déboires !

Bien diluer la déveine !

En matant les seins de Lorraine. 


Juste dans le virage

Un peu en contrebas

Au bord de la marge,

Ne cherche plus

C'est là !


GROTESQUES

            TU VIENS DE LOIN



            Toi qui es né sous d’autres astres

- Intactes neiges transalpines-

Qui voles et nages quand ils marchent

Tu prospectes l’or de leurs mines


Toi qui as parcouru le monde

Elucidé tant de mystères

-Certains affirment qu’ elle est ronde-

Toi qui as changé d’ hémisphère


Tu viens de loin, je suis heureux de te voir

J’ absorbe tes paroles comme un pouvoir


Toi qui as vaincu la démence

Laissé pour mort trois fois vivant

Toi qui t’ es tu pour le silence

Et dans les vents assourdissants


Toi qui as fui devant Hérode

Toi qui peuplas l’Abyssinie

Que la vigueur du temps érode

Toi qui as bu de l’eau de pluie


Tu viens de loin, je suis heureux de te voir

J’ absorbe tes paroles comme un pouvoir


Griot fébrile au coeur léger

Que j’ai quitté bien avant l’aube

Les goélands t’auront touché

Reconnaissant l’aéronaute


Qu’ ils croient le monde surhumain

Ou qu’ ils s’ enferment à double-tour

Tu prends du sable dans tes mains

Et tu transpires avec amour


Tu viens de loin, je suis heureux de te voir

J’ absorbe tes paroles comme un pouvoir


Toi qui as semé la discorde

Parmi les tiens un soir d’ été

A tes ennemis tu accordes

Ton rire et ta sérénité


Toi qui es parti sans rien dire

Quand ils ont voulu un coupable

Dont nul n’a plus le souvenir

Tu es revenu dans les fables


Tu viens de loin, je suis heureux de te voir

J’ absorbe tes paroles comme un pouvoir

COLPORTEUR

                       PASSE-MOI LE CLYSTERE !



                       Trop de tourments, trop d’amertume

Trop de pépins dans les agrumes

Trop de talents que l’on exhume...

Au firmament tant d’infortune!

Trop d’arguments, tu te consumes,

Ton égo ment...

Consulte les runes!


Dans nos manoirs, tant de manières

Si peu d’espoir dans les chaumières!

Trop de cimetières tentaculaires

Pour nos mémoires lacunaires!

(Et beaucoup trop de gens sur la terre?)

Sers-nous à boire, passe-moi l’clystère...

Et si t’as des suées...

Consulte une sorcière!


Trop de promesses, peu de justice!

Prométhéenne?... De Profundis

Trop de sans-gêne dans les coulisses

Peu d’indigènes au box-office!

Troupeau d’aliens plein d’avarice

Si t’as un problème

Consulte les auspices!



            PANNE DE SECTEUR



            Je m’ en vais mettre de l’ordre à tout çà

Avec mon grand nez

Tous les animaux sont avec moi

Avec leur grand nez

On s’est regroupé entre bestioles

Contre les carrés

Rejoignez notre légion folle!

Sus aux carrés!


Elle ne fait pas de bruit avec ses casseroles

Elle prend un bain couverte de bijoux factices

Le soir elle se compare à une grande actrice

Distille des ambiances en bombe aérosol


Mets la télé pour savoir où tu es!

Mets la radio pour sauver ta peau!


Ton radio- réveil est-il toujours à l’heure?

Tu vis chrono en main tes échappées frivoles

Tu prépares à ton homme des cocktails sans alcool

L’ Enfer, c’est pour ta pomme!

Vive la panne de secteur!


Il fait peur à sa mère quand il gesticule

Il aime la guerre et déteste les arts

De son bunker il tire sur des chars

Il a moins de cervelle qu’ un tubercule!


Mets la télé pour savoir où tu es!

Mets la radio pour sauver ta peau!


Ton radio- réveil est-il toujours à l’ heure?

Ton chien n’a pas de nom il porte un matricule

Tu prends même ta femme pour un cheval à bascule!

L’ Enfer, c’est pour ta pomme!

Vive la panne de secteur!

                      MENAGE A TROIS



                      When she’s freaky

I become freaky

The dog is freaky too.

Walking downtown

I’m her’s, she’s mine

The dog is happy too.

They all look at

your ugly hat

Doggy moves his tail.

Say: “I love you”

I say it too

The dog likes it, he barks!


Wouf! Wouf!


When she’s hungry

I’m hungry

The dog is hungry too.

“Cheese or chicken?”

I prefer chips

Dog prefers it too.

Have you got change?

No, I have not

Dog’s got some, he pays.

Say: “I’ll eat you!”

I say it too

The dog likes it, he barks!


Waww! Wouarff!

           CHINEESE NOODLES



           Why? Why? Why?

Why is the sky so blue today

as blue as a blue lagoon

Why is the sun so shiny

Bright sunny day why

Why? Why? Why?

Each day there it comes?


Je te dirai pas!


Why? Why? Why?

Why is the storm so strong at night

As strong as the grey mountain

Violent lights are falling why

Big fires make all the clouds

And where, where, where

Where does the wind go?


Je te dirai pas!


Why? Why? Why?

Why is the sky so dark tonight

As dark as a deep ocean

Why iggledy-piggledy stars

World’s worse army why

And who, who, who

Who switched them off again?


Je te dirai pas!


           Hat, shoes, lipstick!

Chineese noodles!

“ LOIN  DES OISEAUX “



            Les oiseaux sont des croix comme autant de remords

Trop hauts!

Le taureau mord le sable chaud: voilà mon sang!

Dis- moi!

Pourquoi l’avion est incapable de chants nuptiaux?

Vienne le temps où nous étions des animaux!


Aime bien ces instants

Si beaux

Mon Amour!

Qu’ aussitôt nous perdons...

Pour toujours!


Les pierres sont des poids dans nos mémoires de conquistadors.

Elles gardent le tombeau des illusions d’ Icare.

Pourtant elles pavent nos fourrures et nos aéroports....

Et furent, bien avant, des pans de météores.


Aime bien ces instants

Si beaux

Mon Amour!

Qu’ aussitôt nous perdons...

Pour toujours!


Aucun instantané n’a trouvé ton regard...

Et le monde est encore frémissant de désirs.

Aucun instantané n’a gardé ton amour...

Puisqu’il est infini comme le tour de la Terre!


Aime bien ces instants

Si beaux

Mon Amour!

Qu’aussitôt nous perdons

Bon sang

Pour toujours!

                        J’ AI PAS PEUR DU NOIR



                       J’ ai pas peur du noir

Je suis un peu plus malheureux

C’ est tout


Je veux bien retourner au fond du trou

Puis remonter vos petits cailloux


Les voir briller

A peine réveillés

Puis vous donner à pleines mains


J’ ai pas peur du noir

Je suis un peu plus malheureux

C’ est tout


Je sais que vous n’y voyez pas

Au fond du trou

Je vous dirai tout


Je ne cacherai pas

Sinon dans mon dos

Voilà les mains qui cassent les cailloux

Et qui caressent les oiseaux

Pour vous


Les oiseaux qui vont mourir

Au premier coup de grisou


J’ ai pas peur du noir

Mais au cas où

Je vais te faire l’amour

Tout le jour

           HA! LA BELLE USINE!



Dans la prairie verte, parmi les violettes,

Nouvel hymne pompier à la logique universelle,

Quel est ce mammifère polychrome,

Orné d’organes monumentaux?

Quelle est cette fleur merveilleuse?


Couché sur son ventre de gros ruminant

Glou-glous , borborygmes, il déglutit lentement

Comme un Gulliver en fibre de verre,

Des câbles d’acier retiennent ligotées

Ses longues cheminées sulfureuses.


Est-ce une mosquée?

Voire la Kaaba?

Une cathédrale?

Un radieux stupa?

Bien mieux que tout cela!

C’est une belle usine!

Gros iguanodon!

Ha! La belle usine!

Qu’y fabrique-t-on?


Au petit matin, des camions jaune et blanc

Klaxonnent aux portes du palais cosmique

Qui engloutit tout, des tonnes de matière

Première et puis ronronne, il est content

D’être une jeune et belle mécanique!

Déesse que l’on enduit d’huiles Motul

En récitant un chapelet de calculs.

“Admirable et charmeuse fleur vénéneuse”

Quelle main jettera dans tes grands rouages

Le sable qui stoppera tes ravages?!


Est-ce une mosquée?

Voire la Kaaba?

Une cathédrale?

Un radieux stupa?

Elevé à la vanité

Elevé à la charité

Elevé à la vacuité

De votre bonne volonté!

Bien mieux que tout cela!

C’est une belle usine!

Gros iguanodon!

Ha! La belle usine!

Qu’y fabrique-t-on?


Des instruments de persuasion

Qui dérégleront les saisons!

Systématiquement...

Comme en son temps l’Inquisition!


           “Ouvriers dévoués ou dévots!

Même combat: combat par défaut!

Vous allez à l’usine comme vous alliez à l’église,

Par habitude!

Mendiant une béatitude!”


Mais, nous deux, mon ange

Loin de leurs sermons liturgiques

Loin du challenge technologique:

L’extase séraphique on la trouve aussi bien

Contre un stylobate gothique

Que contre un mur de parpaings!

           L’EXPLORATEUR (ET LES MOUSTIQUES)



            L’alcool...

On se brûle la panse, à la fois les pensées

À l’ombre des palmiers qui ploient valsent dansent et

S’ébrouent lancinement aux vents têtus de l’Est...

Des femmes maquillées, obliques dans leurs gestes

Suintent des parfums gras, d’humides convoitises,

Armées de faux-semblants, ancestrales insoumises!


A genoux viennent et vont leurs candeurs polyglottes;

La douceur de leur rite abolit l’océan...

...Et le linge fin d’Occident. Des perles roulent...

Au brasier paresseux notre amour s’évapore:

Fumée d’encens bleu cyan asphyxiant les vieux singes.

Un nuage fantôme sue d’errances forcées.


Prend- garde à ton fétiche explorateur borné!

Les couleurs hallucinent, les méninges somnolent

Méfie-toi des beautés de la jungle- corolle!


“Que nos aînées lubriques quittent ton hamac!

Hoquetantes du lait de ton ultime attaque.

Nous irons parsemer de pirons ton corps nu,

A l’ombre des palmiers qui ploient valsent dansent et,

Nous, frivoles armées, te piquerons le cul,

A l’hallali de nos trompettes élancées!”


“Dors! Dors! Ta course folle,élan court-circuité

Vient s’achever en coulant dans l’obscurité...

Tes fleuves chauds tourbillonnaires se précipitent

Dans nos deltas brûlants, nos foyers endémiques...

Voie comme tu respires! Tu rêves d’infirmières

T’inoculant l’amour des fièvres éphémères...”


Prend-garde à ton fétiche explorateur borné!

Les couleurs hallucinent, les méninges somnolent

Méfie-toi des beautés de la jungle-corolle!

        LE CHANT DE L’ALOUETTE



           Voici le feu dans la paillette

A l’osselet de ma main vive

Quand elle dompte le soleil

Et puis le brusque éternuement

Voici le chant de l’alouette!


Regarde en bas sous les souliers

Ton coeur qui bat!

Cependant Bel Envers du Monde

Vont de rêves blêmes des pensant

            Regarde-toi profond dément!

            Envie les moments de la vie

Adolescents!

Les vents violents,

Le jour qui lève et la nuit-tombe.

Les pierres aimées résonneront;

J’envie la pluie!


C’est là la seule issue possible

À nos si las anonymats.

Brûlons de sueurs digitales

Le teint cireux de nos plaisirs!

Voici le temps des premiers jours!...


Descendez sans bruit des nuages...

Insinuez-vous au creux des songes,

Envoûtez-nous!

Comme nous Vous aimions quand Vous

Descendiez danser dans nos feux!...

Descendez danser dans nos feux!


Artificiers imaginaires

Animez-nous!

Volez nos pesantes pensées!

Qu’ elles se lovent, comme des coques,

Au creux des vagues!...

            APPARTEMENTS



            Je n’ai pas de maison,pas de toit, pas de porte

Les fenêtres s’allument dans les soirs de décembre

Et ces enluminures qui me réconfortent

Donnent un peu de chaleur aux murs de ma chambre.


Je vois dans les appartements

Mes pin-up qui bougent tout l’temps

Elles passent l’aspirateur...

Pour mon plus grand bonheur.

La nuit mes regards indiscrets

Scrutent vos bulles suspendues

Frêles images sous un léger

Rideau de tulle, on vous a vu!


Que faisiez -vous après dix heures?


Je suis dans vos appartements

Pas à pas vos cheminements

Les yeux clos luxueux dédale

Je me perds dans tes arrières-salles.

Allumez vos téléviseurs!

Quel est le comble de l’impudeur?

Mater le trou-du-cul du monde ,

Ou bien celui d’une femme du monde?


Que faisiez- vous après dix heures ?


Je vis dans vos appartements

Malgré ces jolis paravents

Qui étouffent les cris dehors

Des gens qui parlent ou pleurent trop fort!

Je hante vos appartements

Comme un vampire, comme une transe...

Avez-vous une griffe, une dent

Contre votre propre conscience?


Je hante vos appartements

Comme un vampire, comme une transe...

Avez-vous jamais porté plainte

Contre votre propre conscience?...

CHANT LUNAIRE



Par les vastes champs de la lune il y a

Des filles légères qui courent,

Des fleurs et des petits amours,

Dans  les cheveux;

Dans leurs yeux clairs,

Des perles marines et le chant des oiseaux,

Voire celui des baleines lointaines...

Au poignet, un fil qui ne rompt

Qu'au frôlement du papillon,

Jamais à la brûlure du temps.

À la cheville, enfin, farouche et turbulente,

Trois minuscules boules d'argent

Tintent comme un coeur scrupuleux.

Sur le sol de la lune, on les voit, une à une

Semant le milliard de cailloux qui dessinent

Sa courbe enfantine.


D'ici-bas - de si loin, de si bas ! -

Cela ressemble à un printemps :

Un printemps cru comme une laitue;

Même en hiver où tout est à l'envers...

On est tenté, on tend le cou, on crie très fort !

Seul dans la nuit répond l'écho :

" Le fond des mers est le reflet des champs lunaires ! "

... Allons bâtir un bathyscaphe !


Par les longues plages immergées,

Accompagnant les poissons rares, vous nagez

Ensorceleuses...

Sans vertige ni drame;

Riant aux naufrages provoqués,

Vous devinez dans le regard du poisson-lune

La vie d'en haut :

Ni bulles, ni coraux, ni requins-marteau !...


... Mais l'impulsion curieuse

De l'envol ou du plongeon,

Le perpétuel et périlleux désir

De l'abandon.

GROTESQUE



Du toit de l'Opéra Comique

Où je vais m'asseoir dans la goule

Des gargouilles que je domestique

Entre mes doigts je tiens la foule


Qu'ils sont dociles à mes harangues

Ces braves gens si ridicules

Pourtant je leur tire la langue

Un joli masque sur le cul !


Je saute au cou de la Princesse

Je me prend pour le général

Je loue l'ivresse et la paresse

Ou l'élégance provinciale !


J'suis mélomane à l'occasion

Je chante : "Vive la Liberté !"

Vers minuit la maréchaussée

Vient m'accompagner au violon !


Je suis un grotesque

La vie n'a pas de prix

Dans mes faits et gestes

Aucune monotonie !


Le jour de la fête Nationale

Barbapapa et Marche Turque

Sur le parcours archiducal

Je lève une barricade en sucres !


Avec ma carabine en bois

Et mes moustaches tire-bouchon

Je sais bien qu'ils ne font pas l' poids :

J' lance une tirade au bataillon :


" Pas de mesure, pas d'ordre, pas

De circonstancielles excuses,

Plutôt que de marcher au pas

Qu'on en finisse à l'arquebuse ! "


Cornepistrouille ! Pan ! T'es mort !

Un soir de Quatorze Juillet !

J' veux ma dépouille au Panthéon !

Même leur parade c'est pour de vrai !


Je suis un grotesque

La vie n'a pas de prix

Dans mes faits et gestes

Il n'y a point d'ennui !


Faites venir devant ma tombe

Un choeur antique et un grand gong !

Qu' Ubu, Frère Jean des Entommeurs

Entonnent un cantique tapageur !

.... Et rendez-nous Fellini !

Qu'il pleuve des fleurs !

J'y mets un point d'honneur

Et quelques confetti...

LE LOUP



Personne ne m'a jamais vu, idée tragique, pensée cruelle

Grande forme noire absolue, qui tue les hirondelles.

J'entretiens ce beau manège, cette immense réputation,

Depuis que tombe la neige et que j'en fais ma maison.


Si par un soir d'hiver, tu croises mon regard,

Devinant ma faiblesse au fond de mon oeil blanc :

Tu me tiens ! Tu me tiens le discours du renard

Et ta pitié me blesse plus qu'un grand couteau blanc.

Ma fierté, mon courage, pauvres, pauvres légendes !...

Je t'attrape et j' te mange, sans que tu te défendes.


- Loup ! Où es-tu ?

- Si je vis dans cette forêt c'est qu' un jour je m'y suis perdu !

- Loup ! Que fais-tu ?

- Je me morfond, je tourne en rond

  Depuis qu' ils croient que j'existe plus !

- Loup ! M'entends-tu ?

- Oui ! Mais ne te retourne pas !...

  Je suis tout nu !


Mangeur d'enfants, briseur de rêves, pillard, sadique, diable maudit !

Rôdeur insomniaque et pervers qui arpente vos nuits !

J'adopte ces titres de gloires, sobriquets de l'infortune,

Quoiqu'ils aient un goût amère au clair de la lune.


À peine ai-je semé la mort, que de remords

Je chante. Et toi tu prends ma plainte pour une romance !

Eh bien ! Dansons ! Accorde-moi ce corps-à-corps !

Soigne bien ta passion ! C'est ta dernière danse !

Il est trop tard, enfant de Mars ou de Saturne

Pour toucher Terre...

On n'échappe pas à sa nature.


- Loup ! Où es-tu ?

- Si je vis dans cette forêt c'est qu' un jour je m'y suis perdu !

- Loup ! Que fais-tu ?

- Je me morfond, je tourne en rond

  Depuis qu' ils croient que j'existe plus !

- Loup ! M'entends-tu ?

- Oui ! Mais ne te retourne pas !...

  Je suis tout nu !


J'ai tué trois vieux moutons, honoré toutes vos chèvres,

D'une voix de baryton, mystifié la bergère...

Mais la somme de vos injures efface un jour tout prestige :

Sans l'ombre de mes crimes ou de ces arbres noirs, qui suis-je ?


Long chemin, long repentir ! J'avance à découvert

Comme un héros antique, poitrail offert aux chiens.

Ils ont visé le coeur... Je meurs à la clairière...

Quand ils se précipitent... Je suis déjà loin !!


Et puis, sur mes empreintes, la neige s'amoncelle

Car la nature pardonne les fautes naturelles.



LE JARDIN



Dans le jardin de maman

Jolies fleurs et grands tourments

Dans le jardin de maman

J'ai connu beaucoup d'amants


Les hortensias c'est bien pratique

Pour observer sans être vu

À l'âge où l'on manque de pratique

Dans les tulipes les garçons nus.


La canicule, le seringat

À peine éclos, je me souviens

Prend-moi  la main, grand maladroit !

Les coquelicots... et puis, plus rien.


Toi c'est plus bas sous la glycine

Un soir de juin plein de promesses

Des noces en robe de mousseline

Et du jasmin après la messe.


Je t'offrirai la passiflore

Mais tu me fuis et je te pleure

Tu restes assis plein de remords

Moi je m'allonge dans les fleurs.


Dans le jardin de maman

Jolies fleurs et grands tourments

Dans le jardin de maman

J'ai connu beaucoup d'amants


Nous discutions sur la mousse

De fariboles bucoliques;

Il a fallu que tu me pousses

Dans un buisson de marguerites;


Vous insistiez pour voir mes roses

Je vous ai présenté ma soeur

Vêtue à la manière anglaise,

De myosotis... Une p'tite douceur ?


Un court instant, cachons-nous vite !

Vous sentez bon l'eucalyptus,

Mon mari soigne la clématite,

Me prendrez-vous près du prunus ?


Un rendez-vous, mon beau mignon

À la Saint-Georges, au magnolia

Ou sous l'arbre blanc du Japon;

Aux amarantes dans tes bras.


Dans le jardin de maman

Jolies fleurs et grands tourments

Dans le jardin de maman

J'ai connu beaucoup d'amants...

J'ai laissé beaucoup d'amants.

ALICE



Dans la chambre en silence

Voyageuse immobile

Un navire appareille

Puis disparaît

Un navire appareille

Puis recommence

À l'horizon hypothétique.

Les ombres du mobile

Viennent et vont doucement

Et dans les yeux d'Alice

Tournent des évidences.


Alice ne voudrait pas grandir

Quitter le jardin des délices

Entre rêve et réalité

Le spectacle va commencer !


Ils ont choisi le papier-peint

Tu t'es perdue dans le motif

En y retrouvant le chemin

Du labyrinthe primitif

Quelles sont ces pierres fabuleuses ?

- Des cailloux dans un sac !

Et cette étoffe précieuse ?

- Un papier dans la flaque !


Alice ne voudrait pas grandir

Quitter le jardin des délices

Entre rêve et réalité

Le spectacle va commencer !


Tu inventes une langue

Pour la flore des lagunes

Cette crique est un cirque

Et les moustiques du lac

Des monarques d'Afrique !

D'un dessin sur le sable

Tu repeuples la lune

Le monde dans tes mains s'anime

Extravagante pantomime.

LIFTIER



Pousser ma pierre sur la colline

Porte d'accès ne pas bloquer !

Prêt-à-porter et lingerie fine

À l'entresol, par l'escalier.


Aller aux astres ou au désastre

Eteignez votre cigarette !

Les luminaires sont dans l'espace

Aménagé à cet effet.


Liftier c'est mon métier

Monter, descendre et puis remonter

Tenir la verticalité

Pour le mat de la destiné !


Fuir pour ne jamais mentir

Aidez-nous à lutter contre l'envol !

Jeux, cosmétiques, brosses à reluire

Les coffre-forts sont au sous-sol.


Agir sans cesse et sans remords

Tous les abus seront punis !

Canapés, articles de sport

Nous sommes ouvert même les lundi.


Liftier c'est mon métier

Monter, descendre et puis remonter

Tenir la verticalité

Pour le mat de la destiné !


Tendre la main comme un passeur

Mettez une pièce dans l'appareil !

Réveils-matin, aspirateurs

Voyez notre ingénieur-conseil !

LA  PUTAIN



Je suis là pour vous plaire

Je suis là

Pour vous satisfaire

Je suis là


J'attend, j'attend depuis longtemps

J'attend le jour, j'attend tout le temps

Attend ton tour, tu en auras pour ton argent !

Je suis à toi

Fais de moi ce que tu veux !

Patiente et indolente

Un trophée de mes cheveux.

Je suis l'amour

Celui qui passe

Qui se donne un quart d'heure

Coeur et corps à qui veut

Quelle impasse !

Je repasse.


Je suis là pour vous plaire

Je suis là

Pour vous satisfaire

Je suis là


Corsage et coeur d'ange

À louer

Mon boulevard

Ton prénom ?

Ta couleur préférée ?

Noir ? Blanc ? Rouge si tu es sage !

Sous l'orage ou la neige

Par tous les temps je m'étend

Sous les draps.

Prête à porter, prête à aimer

Tes douleurs inavouées

Dans le lit où la ville se couche pour pleurer.

Tu t'y prends mal !

Car tu t'éprends

C'est moi qui donne

Et toi tu prends !


Je suis là pour vous plaire

Je suis là

Pour vous satisfaire

Je suis là...


HI-TECH LOVE



Aux jolis mois d'été

Dans mon automobile

Je longe la vallée

Qui prolonge la ville.

J'aime chevaucher loin

Ma folle mécanique,

Tous deux ne faisons qu'un;

Essor métabolique.

De son noble courroux

Je tire ma fierté.

Sur les chapeaux de roues

Mon intrépidité.

C'est un modèle anglois

Intérieur plaqué bois

C'est écrit en anglais

Sur le mode d'emploi...


Je monte une créature

Conçue pour me séduire

Pareille à ma ouature

Toute gainée de cuir

La moue sophistiquée

Le sourire équivoque

Amour appareillé

Symptôme d'une époque

Elle tripote un diamant

Je pousse une manette

Elle ment comme une enfant

Ma manoeuvre est parfaite

Des reflets de métal

Lui effleurent la peau

Comme le son digital

De l'auto-radio...


Tout le pays défile

Surpris à cent-soixante

Devant nous immobile

La nature est vivante !

Nos yeux perdus en coeur

Aux axes métronomiques

Ont l'infinie douceur

D'ondes électroniques.

Allez fonce petit bolide !

Résous le monde entier

Dans l'impeccable fuite

De tes enfants pressés !

Plus vite ! Plus vite !

Plus belle ! Plus belle !

Plus vite ! Plus vite !

Plus belle est la campagne !

Plus vite ! Plus vite !

Plus belle ma compagne !

Décroise les genoux

C'est ta vitesse naturelle !


Dieu est content de nous !



L'INVENTEUR



Du fil de fer

Une clef anglaise

Un vieux matelas

Du caoutchouc

Des bougies

Quinze mètres de chaîne

Une scie sauteuse

Un fauteuil Louis XV

Des bois flottés

De la ficelle

Du tuyau  pvc

Des plumes d'autruche

Un tourniquet...

Beaucoup d'amour et d'innocence

Très peu de science mais d'la patience

Il a le sens du non-sens

Et la justesse d'un vieux tromblon.

Ses amours mortes, ses mauvais jours

Optimisés dans un mortier

Lui font accepter la défaite

Comme matière à faire la fête.


Toujours à l' Oeuvre, il perfectionne

Un chasse-mouches, une chaise cannée;

Il agrandit des vieux klaxons

Qu'il voudrait bien voir naviguer.

Dans son garage il a vécu

Tous les grands moments historiques :

Coliseum en papier alu

Sur lunes synthétiques.

Avec du vieux il fait du neuf

Avec des plumes, par déduction,

- Toute la poule était dans l'oeuf -

Il a fait un avion...

Mais aujourd'hui rien ne va plus,

Même équipé d'un mackintosh

Le vieux coucou ne répond plus !

On ne crée pas sans anicroche...

Fébrilement il palpe encore

Le fond d'ses poches...

" Voilà mon affaire, un truc extraordinaire ! "

Trois coup d'ciseaux et un point d'colle,

Un ventilo, une chambre à air :

L'avion s'arrête au ras du sol

Et vient s'poser comme une pâqu'rette

Sur le tarmac en carton pâte

D'une aut' planète...

" C'est rigolo, j'n'imaginais pas çà d'en haut ! "

Mais l'air est pauvre en oxygène

Il ne faut pas s'laisser surprendre...

Une boite en fer américaine,

Du fil, un sac pour un scaphandre;

Un vieux tuyau sous un drap-housse

Et des lunettes anti-reflets...

" Bravo bravo ! Quel tour de force !

Un astronaute à moindre frais ! "

Les Sélénites un peu simplets

Viennent voir de près...

" Voilà mon affaire, un truc extraordinaire ! "

Et d'un vieux sac il sort des frusques

Qu'il distribue aux autochtones :

Ici un tutu et la un masque

De Sylvester Stallone !

Ils sont heureux les Sélénites

De se voir ainsi accoutrés

En star ou en héros du mythe

Qu'ils ont longtemps plébiscités.

Dans un théâtre new-yorkais

Il les fait rejouer Hamlet

Avec un texte un peu abstrait :

" Extra-terrestre ou ne pas être..."

L' art d' avant-garde n'est pas r'gardant,

On remplacera les chevaux ...

Par des brouettes !

" Par des brouettes ?

Mm... y'a p't'êt mieux à faire...

Où est passé mon chalumeau ? "

" Voilà mon affaire, un truc extraordinaire ! "

De mieux en mieux, mais qu'est-ce que c'est ?

Cà va trop vite pour l'entendement !

On dirait un d' ces vieux jouets

En métal peint pour les enfants.

C'est un engin à combustion

Un truc à base de salpêtre,

Car le moteur à explosion

Cà marche, dit-on, pourvu qu' çà...


Beaucoup d'amour et d'innocence

Très peu de science mais d'la patience

Il a le sens du non-sens

Et la justesse d'un vieux tromblon...

Des clous rouillés

Un vieux soulier

De la peinture dans la marmite

Une mandibule

Et un bâton de dynamite...





TU DORS



Tu dors tranquille

Sans bruit autour

Rien ne bouge...

Quoi ?

De l'eau qui coule

Un souffle long

Le grand lit...

Toi !


Je cours toujours

Quelle heure est-il ?

On voit rouge...

Quoi ?

Le temps qui roule

Les vents diront

Mon grand émoi.

C'est ton élan calme

Qui m'affole;

Mon accoutumance irréelle.

7 TITRES

Mézues en 1997: C. Ecobichon (chant), Jacques-Yves Lafontaine (claviers), Raphaëlle Garnier (trompette, chant), Laurent Hérry (batterie), Marc Mithouard (basse) .

Puis, en 1999, Tristan Le Moigne (basse), Mathieu Morel (batterie).

Quatre Albums

4 TITRES LIVE

Colporteur (Tu Viens de Loin)

Appartements

Grotesque

Passe-Moi l’Clystère

1998 CD

7titres

Autoproduit
 

1999  “Colporteur”

12 titres

KerigRecords

2000 , 4 titres live

Autoproduit

“Grotesques”

14 titres

Inédit

     extraits  icihttps://christopheecobichon.bandcamp.com/